DES ARCHITECTURES VIVES

Un million de personnes ont cette année été fêter la nuit blanche, « parcours nocturne d'art contemporain ». Qui l'aurait cru il y a un an : l'art contemporain, cet OVNI incompréhensible, cet objet autiste adressé à une élite internationale fait accourir les populations. Elles débarquent en masse pour découvrir les derniers travaux de Sophie Calle, de Bertrand Lavier ou de William Forsythe. Paradoxe étonnant pour une société que les analystes aiment à décrire comme apathique et décérébrée. Celle-ci est devenue friande d'art, d'un art de pointe nourri de référence et de culture, qui sait surprendre, étonner, éveiller.

Pendant ce temps-là, qu'en est-il de l'architecture ?

Elle semble n'intéresser aujourd'hui qu'une élite spécialisée. L'architecture, en tant qu'expression artistique, paraît condamnée à disparaître pour ne recouvrir que sa fonction légale de maître d'oeuvre et de garant décennal de la construction.
En réaction, le ministre de la culture appelait récemment à «créer le désir d'architecture». Une grande campagne de communication a été lancée sur le thème. Que s'en est-il ensuit, quelle différence profonde a on pu observer dans le rapport de la société avec l'architecture : tout reste à voir !.

Or, le « désir » d'architecture est là : il n'y a qu'à voir avec quelle enthousiasme ont été reçus le Guggenheim de Bilbao ou la nouvelle KunstHaus de Graz. Le public a le désir d'architecture, mais d'architectures en devenir, d'architectures fraîches, gaies, colorées, diverses et curieuses, étonnantes! Le commerce de mobilier contemporain est en plein boom, chacun attend avec impatience les innovations de la cuisine de demain, les ergonomies toujours plus créatives des salles de bain. Une grande chaîne de magasin de bricolage propose en prime time des expériences isolées d'architecture en accord avec ces désirs.

D'où la nécessité de venir à des architectures vivantes, à l'écoute , en phase avec le grand public qui ne s'y trompe plus.

Pour aller dans ce sens, nous proposons l'idée d'une fête de l'architecture. Un partenariat est en train de se mettre en place avec le Ministère de la Culture, l'IFA, la Ville de Paris...

Pourquoi une fête ? Car la culture ne se découvre au grand jour que s'il existe des occasions de la communiquer : spectacles, festivals, etc... La temporalité réduite de la fête engendre une dynamique absente des expositions classiques. Les créations des architectes, des artistes, des interprètes du cadre de vie, des amateurs, rendues publiques à un moment donné peuvent ainsi devenir une part commune de la culture. Dans cette dynamique, l'échange et la communication socialisent le sens contenu dans les créations. En passant de l'instant individuel à l'instant pluriel, la création devient un fait de culture collective.

L'enjeu est de taille, il s'agit bien de faire en sorte que la fête de l'architecture bascule du coté de la fête de la musique plutôt que de celui des journées du patrimoine.

La culture architecturale ne doit plus être seulement celle des temples et des monuments mais aussi celle d'un monde où les choses changent, évoluent, se transforment. A l'opposé de la standardisation de l'architecture une culture apparaît pour un monde où la redécouverte du tactile, du sensible, du contact deviennent des enjeux centraux. Il s'agit non seulement d'aller à la rencontre des désirs, mais de les détourner vers ce qui serait de nouvelles expressions en accord avec notre époque. Nous proposons de créer des festivités architecturales qui s’étendent largement à toutes les activités d'expression plastiques liées de près ou de loin à l'espace et au plaisir d'y vivre.

Déjà, de nombreuses installations allant dans ce sens, expressions individuelles d'artistes, voient le jour, comme les « zones autonomes temporaires », les échafaudages du réel, les appropriations d'espaces, lieux d'expression de tous les phantasmes. Il est grand temps pour les architectes de s'inscrire dans ce mouvement contemporain et de renouer avec ce que l'architecture à toujours été : le reflet des désirs d'une époque.

La fête de l'architecture se doit d'être un festival des architectures vives.